TER trop large – le vrai visage de la gestion de projet


Posted in Ma vie au boulot by mavieaub - Mai 21, 2014

Pour faire un résumé de la situation à ceux qui ne seraient pas au courant, la SNCF a fait une énorme bourde, tellement énorme que j’en rigole encore.

En gros, et pour faire simple, la SNCF a commandé 2000 rames de TER toutes neuves, et ils se sont rendu compte après coup que les rames étaient trop larges pour passer dans les quais de quelques 1300 gares.

Donc ils vont devoir raboter ses 1300 quais pour que les trains puissent à nouveau circuler.
Le coût de l’opération se chiffre en millions, bien entendu.

Je me marre…

Ce matin tous les journaux en parlent, et se disent en coeur que ce n’est pas possible d’être aussi bête. Quand on commande des nouveaux trains, on s’assure qu’ils sont aux bonnes dimensions.

gestion_de_projet_SNCF

Et pourtant, sans le savoir, le monde vient de découvrir la bêtise inhérente à la gestion de projet.

Ce qu’est en train de vivre la SNCF, c’est ce que vivent chaque jour toutes les entreprises.

Alors oui, on est là à un autre niveau, mais sur le fond c’est la même chose.

Pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, on m’a contacté au boulot parce que l’application toute neuve qui venait d’être développée ne marchait pas sur les PC des utilisateurs.
La raison était toute simple, il manquait sur le poste de tous les utilisateurs un module qui permettait à l’application de fonctionner.
Il a donc fallu installer dans l’urgence ce fameux module (payant) sur tous les postes.
C’était ça ou jeter à la poubelle la nouvelle application.

Et encore, cette fois ci l’application en question semblait bien répondre à un besoin.
Parce que j’ai aussi connu le coup de l’application toute neuve qu’on installe de force sur les postes des utilisateurs mais qui ne reprend qu’une partie des fonctionnalités de l’application qu’elle remplace.
Résultat, les utilisateurs sont obligés de réinstaller l’ancienne application et de jongler avec les 2 car il n’est pas pensable de ne pas utiliser la nouvelle.

Bref, les projets en entreprise c’est une blague permanente en partie parce que les différentes parties prenantes ne savent plus communiquer, ou passent leur temps à chercher à se protéger plutôt qu’à chercher des solutions.

A partir du moment où les chefs cherchent plus à être bien vu par leur grand chef, sans jamais faire la moindre vague, dans l’espoir d’avoir une formidable évolution de carrière, sans jamais penser à la pertinence des demandes venant d’en haut, ou à la faisabilité technique ou fonctionnelle de ces mêmes demandes.

A partir de ce moment-là, on sait qu’on va dans le mur.

Mai
21

10 Responses to “TER trop large – le vrai visage de la gestion de projet”

  1. plouf dit :

    Ouais bah alors y a beaucoup d’entreprises qui vont droit dans le mur, mais je partage à 100% ce que vous dites.

    Faut pas s’étonner que la France soit décadente avec des organisations pareilles, aussi bien dans le public que dans le privé.

  2. pseudonyme antipersonnelle dit :

    Petite anecdote en passant, je participe à la conception d’une application dont les futurs utilisateurs ne sont pas encore identifiés et qui va impliquer de gros changements d’organisation qui ne sont aujourd’hui pas adressés.

    Quel beau métier…

  3. tewoz dit :

    Plouf > On va dans le mur non sans donner un petit coup d’accélérateur pour le plaisir.

    Pseudonyme > Ahhh comme j’aime ce genre d’anecdotes. 🙂

  4. pseudonyme antipersonnelle dit :

    Astuce maline du jour: Avant d’accélérer, n’oubliez pas de crépir le mur!

  5. Erwan18 dit :

    C’est tellement vrai ce que tu dis, j’ai plein d’exemples accumulés pendant mes 22 ans de boîte :-/
    Et que dire des progiciels censés structurer l’entreprise, achetés des millions (oui, oui), mis en place pour un coût financier et humain non négligeable… et abandonnés au bout de quelques années :-/

  6. pseudonyme antipersonnelle dit :

    Deuxième anecdote en repassant dans le coin: hier j’ai déjeuné avec mon « métier » qui m’a expliqué que sur un autre système ils allaient démarrer l’analyse et les spécification alors que le système est déjà réalisée. L’équipe projet a juste oublié de faire nu cahier des charges avec les futurs utilisateurs. Tout est normal on vous dit!

  7. tewoz dit :

    Erwan, Pseudo > vous ne faites que confirmer mes propos, et je ne suis pas certain que ca me rassure… 😉
    On devrait écrire un livre « le petit manuel du ne pas faire ».

  8. Pok dit :

    A moi de rajouter ma petite anecdote :
    Je viens de participer à un appel d’offre pour une boite informatique.

    Les conditions, données par le directeur de projet :
    – Pas de cahier des charges
    – Il faudra 2 développeurs, ou 4
    – travailler avec une équipe étrangère qui ne savent pas qu’on arrive
    – Il existerait un prototype développé depuis 1 an, il sera réutilisé ou pas
    – Ce sera peut etre du java, ou du .net
    – Et surtout, MISE EN PROD DEBUT 2015 car il est impensable de faire attendre plus longtemps les utilisateurs

    Qui dit mieux 😀 ?

  9. pseudonyme antipersonnelle dit :

    Pok >> Pas mal, pas mal. Mais je relance!

    Je suis sur le premier lot d’une nouvelle application. Un deuxième lot plus complexe doit suivre. Avec le retard du premier lot, l’étude du deuxième lot est en parallèle et a même été avancée. On en a d’ailleurs profité pour repensé complètement l’architecture de l’application. Pour le fun.
    Vu les contraintes de planning hallucinantes, un collègue dit à notre client « Vu le temps qu’a pris le lot 1 et vu ce qu’on veut faire dans le lot 2, le planning est illusoire ». Réponse du client « Qu’est ce qui a pris du temps sur le lot 1: le développement en offshore et les ateliers utilisateurs. Donc pour aller plus vite, on va développer avec une équipe en France avec des spécifications moins détaillées et on ne consultera pas le métier ».
    Déjà qu’avec des ateliers utilisateurs, le lot 1 est une belle application d’informaticiens, j’attends avec impatience de voir le lot2.

  10. tewoz dit :

    Pok, Pseudo > Merci ! Merci de venir enrichir cette base de données mondiale du foutage de gueule en entreprise. 🙂